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pierre laurent tichadou

le texte et la couleur (1992-1999)

EXODE     13/01/98

 

 

Hebergeur d'image

 

 

Ils ont ôté leurs souliers et marchent pieds nus

Ils viennent de nulle part, ils ne savent plus,

Insensibles au sable brûlant, nonchalants,

S'ils sont nés des flammes, de la mer ou du sang.

 

Où vont-ils, peut-être ne l'ont-ils jamais su

Se soumettre sans doute aux ombres têtues,

Aux ténèbres, au mercure, au gel, à la nuit

On les entend pourtant, ils chantent et ils rient.

 

Pose tes doigts dans leurs empreintes d'innocents

La mémoire est cristal, demain insignifiant

Un jour tes pas pourront épouser leurs traces

Que le vent du désert une à une efface.

 

 

SLEA HEAD     10/01/98

 

Le sel a ses secrets

De vent et de marée

De corne et de brume

Assoiffés d'écume.

 

La vague a ses relents

D'épice et de safran

D'esclaves endormis

De caresse et de cris.

 

 

LES PERLES D'OR       08/01/98

 

Enlève ce masque,

C'est l'heureux instant où s'effiloche le temps

Où l'on apprend le ressac, l'étrave et l'écho

Et la nuit doucement descend sur le vieux port.

 

Rends ton chapeau claque,

Tu peux enfin croquer la mer à pleines dents,

Fil incertain tendu entre la terre et l'eau

Tu vois monter du chenal bleu des perles d'or.

 

 

LE PUY       11/12/97

 

Nous étions vingt-trois ou douze ou treize

Sur les chemins de sable et de glaise

Nos pas aux  pas cloutés des pèlerins

Vers Compostelle, l'apôtre et le saint

Nous marchions...

 

C'était la demi-lune de juillet

Au loin l'angélus, et le soir tombait

Soudain, barbaresque et florentine

Sublime, romane et byzantine

Nous te vîmes...

 

 

LAGUNE       30/12/97

 

Je pense à la femme voilée

Aux hommes bleus, à l'Alhambra

Mais retourne le sablier

Et c'est l'eau qui s'écoulera.

 

 

LA REINE ET LE FOU       07/12/97

 

Chacun s'en retourne et se souvient

Comme un livre qui t'a glissé des mains

Une eau glacée coule dans tes veines

Le vent cavale au mât de misaine.

 

Il y avait des braises et des cailloux

La vague secrète, et la reine et le fou

Le crépuscule et la lave en fusion

Le blanc, le noir et le roi et le pion.

 

 

 

VENISE       14/12/97

 

A la nuit tombée, il lui donnait rendez-vous derrière la Fénice. A deux pas des lumières et de l'effervescence du Grand Canal, de la Salute et de San Marco, ils retrouvaient la Venise cachée et miraculeusement offerte aux vrais amants de la ville.

Ils s'enfonçaient dans le dédale des rues étroites, discrètes et secrètes. Ils rentraient dans un bar à vin et commandaient le plat du jour...

 

Ils rentraient, nyctalopes éphémères, vers deux ou trois heures du matin, après le dîner. La lune illuminait la cité silencieuse.

Le plus doux restait à inventer.

 

 

LE SOUFRE ET LE SEL               25/10/97

 

En a-t-il fait des naufrages

Ce corps couvert de tatouages

Le sang, la sueur, le soufre et le sel

Cet amour qui ruisselle en elle.

 

Et le sable souille le sang

Et la sueur rouille le vent

Le sang, la sueur, le soufre et le sel

Les guerriers ne sont plus immortels.

 

 

DOLMEN          14/10/97

 

Blocs erratiques

Myriades de pierres

Coulées chaotiques

Rugueuses et austères

Erodées et volcaniques

Des puys et des dômes,

Déserts basaltiques

Aux jasseries de chaume

Hauts plateaux granitiques,

Dolmen, trace de l'homme.

 

 

LA VILLE           13/09/97

 

Entre les silences et les bruits de la ville,

Je refais pas à pas le chemin

Pour retrouver cette fleur d'eau

Qui savait désaltérer ma peau.

 

 

LIBERTE          06/07/96

 

La goélette cinglait vers des pays d'albâtre et de corail.

Des siècles d'entrave pour un jour enfin se retrouver un homme   Et en savourer le prix.

 

 

L'HOMME EST MYSTERE        01/06/96

 

L'homme ne risque rien

L'homme est fou

L'homme est fier

L'homme est feu

L'homme est chiendent

Liseron

Lumière

L'homme est mystère.

 

 

J'AI ENFOUI            04/03/96

 

J'ai enfoui le laurier et l'onde  

Et la brise obscure

Et la lande

Et le baiser rouge des statues

Et la vie sans fin

Et la mer hostile

Et l'ultime seconde

Et le printemps

Et cette indescriptible chose

Que j'aurais pu nommer

Si je l'avais voulu

Si tu n'étais venue.

 

 

ORADOUR SUR GLANE          19/02/96

 

Les hommes en arme sont entrés dans le village. Un chat s'est mis à détaler devant eux. L'officier a fait feu et la bête, immobilisée net, a soubresauté deux fois. Ils ont martelé la rue déserte. Ils ont rigolé en voyant l'église close. Ils ont ouvert les battants. Entre les bancs, des femmes agenouillées serraient contre elles des enfants.

La mitraillette s'est enrayée. Ils ont poussé un juron dans un dialecte inconnu. Avec le lance-flammes, cela a pris beaucoup moins de  temps. Là haut, le Christ est resté encloué et, par les vitraux, la même lumière douce a attendri la nef. Il a béni les hommes valeureux et dignes qui avaient pris le matin même le maquis.

 

 

TRANSMUTATION                  25/10/97

 

Chaos de sang, d'eau et de feu

Transmutation de lumière

Fugitive et éternelle

Et qui nous brûle jusqu'au cri

 

Nous n'aurons cesse ni répit

Qu'en la quête spirituelle

Pour retrouver cette pierre

Qu'il nous faudra rouler à deux.

 

 

 

L'IVRESSE DU DERNIER SOIR              13/02/98

 

Et par la porte dérobée

Regarder l'envers du miroir

L'ombre fauve du rocher

Dans l'ivresse du dernier soir.

 

  

ETERNITE             31/01/98

 

 

Hebergeur d'image 

 

Nous avions traversé la rivière à gué

Sautant de pierre en pierre au gré du courant

Nous étions neuf, souverains et mécréants,

Nous arrivions là où nos pas nous menaient.

 

Il la vit le premier et nous dit d'arrêter

Le visage blême, apeurés et ravis, 

Nous regardions ainsi l'horizon interdit

Cette étendue sombre qu'on nomme éternité.

 

Il a dit de repartir sans se retourner

L'intime jubilation nous tient maintenant

Nous courbons la tête mais le chant est puissant,

Jonas a pris sa flûte et s'est mis à jouer.

 

 

LA VILLE SOMMEILLE           02/03/98

 

La ville sommeille

Un scarabée borné

Au soir venu veille

Sur son ombre dorée.

 

 

LA VILLE  ENDORMIE         tableau  80*50       03/03/98

 

Dès que la ville est endormie

Et que rien, plus rien ne bouge

Un engin file dans la nuit

C'est un cheval-vapeur rouge.

 

 

LES CHEMINS DE COMPOSTELLE        20/04/98

 

Vers Compostelle, cheminent les pèlerins

Sentes de terre, sable, glaise et romarin.

 

 

 

LES TERRES ROUGES           13/06/98

 

Au fur et à  mesure que l'on mesure le temps,

Le temps des craquelures et l'impatience des ans,

L'odeur des terres rouges perquisitionne la nuit

Comme une eau à la bouche, un amour, une insomnie.

 

 

ARCHIPEL                 22/07/98

 

Les pirogues rentrent au port dans un ciel d'encre.

Au loin, près du Cap Vert, un navire est arraisonné.

 

 

UN PORT ALIZARINE          24/07/98

 

Un port alizarine est comme un alizé

Il sent la mandarine et les embruns mêlés,

Les effluves poivrées et le fruit défendu

La moiteur des soutes et les parfums cossus.

 

 

LES LENTEURS SECULAIRES            26/07/98

 

Hebergeur d'image

 

Dans l'ombre de ces vieux arbres tordus, arthritiques et bossus qui poussent obstinément dans la pierraille ingrate, s'inscrivent en filigrane les lenteurs séculaires, les souffrances sans mot dire, le sens de la parcimonie, l'attente inexorable, la fidélité des humbles et la fraîcheur des hypothétiques résurgences de source.

 

 

 

 



23/08/2007
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