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pierre laurent tichadou

Apparences

  • Dans le nord de l'Angleterre, un officier de police et son adjoint enquêtent sur le meurtre d'une Française venue rejoindre sa sœur à l'occasion des fêtes de fin d'année. Dans un climat de haine familiale, entre psychologie, érotisme et humour, l'auteur nous emmène, de rebondissements en fausses pistes, sur les traces du tueur. Mais, comme toujours, les apparences sont trompeuses.

 

(roman policier)

 

 

Aldo Cerutti se réfugia dans l'embrasure d'une porte cochère pour allumer sa Gitane. Il commençait à tomber un fin crachin qu'un vent glacial poussait jusque dans la galerie marchande. Il dut tirer très fort à deux ou trois reprises sur sa cigarette pour réussir à l'enflammer. Il s’arrêta de nouveau en face du magasin de chaussures, il fouilla la poche de sa parka, en sortit un mouchoir et essuya soigneusement ses lunettes humides.

Ses yeux se portèrent alors sur la vitrine, de l'autre côté de la rue. C’était une boutique pakistanaise où un petit bonhomme basané, à la fine moustache, essayait de vendre des fringues à deux belles blondes plutôt bien en chair. Il sourit. Les filles marchandaient ferme, avec de grands gestes, mais l’homme paraissait inflexible. Finalement, elles le plantèrent là en haussant les épaules. Cerutti les suivit un instant du regard. Elles firent une halte un peu plus loin, hésitèrent un court instant, et entrèrent dans une boutique de télécoms.

Cerutti jeta un œil à sa montre et fut surpris de constater qu'il était seize heures vingt. Décidément, la nuit tombait vite en cette saison sur le Yorkshire. Les commerçants commençaient à ranger les étals, le poissonnier lavait le carrelage à grande eau, une marchande ambulante repositionnait les petits souvenirs invendus sur un présentoir aimanté.

On dit qu’en vieillissant, on mérite son visage. Aldo vient d'avoir cinquante-quatre ans, et il a une gueule qu'on a du mal à oublier. Il a un faux air de Lino Ventura dans le Ruffian. Son physique de bouledogue, de catcheur, imposant et massif, n'est déjà pas commun, mais on sent surtout, dès le premier regard, que ce type a beaucoup vécu. C’est la première réflexion qui vient à l’esprit, on ne sait pas trop de quoi ou de quelle vie on parle, mais c’est une vie que l'on imagine évidemment aventureuse, bourlingueuse. Chacun se fait son cinéma. Chacun bâtit son histoire. Les filles, le jeu, la drogue, les hold-up. Et pire encore, la maffia, les contrats, les assassinats.

L’une des deux femmes blondes plutôt bien en chair vient de se retourner pour la deuxième fois. Elle a bien remarqué que ce type les suit depuis la galerie marchande. Franchement, elle n’est pas à l’aise. Elle accélère imperceptiblement le pas. Elle commence à gamberger sec.

-          Ne t'inquiète pas, dit Sonia, l’autre blonde, faussement rassurante, avec tout le monde qu'il y a dans la rue, on ne risque pas grand chose.

Fanny acquiesce. Elle fait la fille affranchie, qui n’a peur de rien, mais elle n’en mène pas large. Plus exactement, elle est morte de trouille. Surtout que ce gars-là, elle ne sait pas où, elle ne sait pas quand, mais il lui semble qu’elle l'a déjà rencontré.

-          Je le connais, je te jure, je l'ai déjà vu.

-          Où est-ce que tu l’aurais vu ? C’est un mec qui se balade dans la rue, tranquillement, avant de rentrer chez lui et de retrouver maman, rien de plus. Arrête de te la raconter. Franchement, est-ce que tu peux imaginer un seul instant que ce gars va nous violer sur le trottoir ?

-          Je me demande bien par laquelle de nous deux, il commencerait, dit Fanny, sur un ton faussement dégagé.

-          Par toi évidemment, avec le valseur que tu as, rien que du bonheur pour le monsieur...

-          Arrête, tu vas nous porter malheur.

 

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18/07/2006
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